Montée
Télé porté par un fil, tendu entre le jardin de ville et les casemates, on survole l’Isère infléchie par l’arête d’une Chartreuse naissante ; passé l’envol dans cette montée continue et sans effort, toute l’attention est tournée vers le sol où les toits et rebords des immeubles en piemont laissent vite place aux premières constructions défensives. Peu à peu des angles construits apparaissent et s’emboîtent derrière le couvert boisé faiblissant au fur et à me
... Lire la suitesure de l’ascension.
Décalage
400m au dessus de la plaine alluviale du Grésivaudan, la Bastille offre une vue imprenable sur l’agglomération
grenobloise. Au pied de cette forteresse : la terrasse de l’érableraie n’est pas la plus remarquable de toutes celles qui embrassent l’éperon calcaire, c’est d’ailleurs l’une des plus basses. Même si on y obeserve admirablement la ville, elle constittue sans doute le moins spectaculaire et montagnard des balcons. Adossée au talus des non moins courant sycomores et frênes, cette bande plane enherbée s’étire plus largement qu’ailleurs devant une banale barrière cimentée issue des anciennes cimenteries locales.
C’est ce quelque chose de commun qui nous a attiré.
Fascination
En haut, on est happé par la puissance de la vallée tenue par les trois massifs. Accumulation de couches mises sous pression et lentement déplacées.
Les plis de la roche sont lisibles au loin, déformations du calcaire ductile, ils se retrouvent au sein même du jardin. Le pli se fait doux, le mouvement est tangible.
Le jardin plissé accueille ainsi le visiteur, il joue de cette ambivalence entre invitation à l’intériorité de la lecture et contemplation du paysage, puissance de l’horizon, de l’altitude, du lointain.
Sous le ciel, l’expérience spatiale naît de cette réunion du sublime et du confortable -deux échelles en dialogue.
Commande
L’intervention du paysagiste à la commande d’Imaginez maintenant est à l’écoute de l’événement d’un point de vue spatial et temporel ; notre action se veut ainsi ponctuelle et légère.
Nous profitons de la modularité d’un site que les usages transforment aux fils des époques.
Il ne s’agit pas d’une prise en charge de l’ensemble du site de la Bastille, ni d’un aménagement durable. L’intervention pourra durer mais ce n’est pas sa finalité. L’installation se glisse délicatement en un lieu du site choisi puis l’active, révélant ainsi le potentiel fonctionnel inérant à cette architecture ouverte sur le ciel.
Patrimoine
Le projet de jardin plissé se dessine sur la terrasse d’un site historique, chargé d’un morceau d’histoire de France et révélateur des stratégies d’ingénierie militaire propres à une époque. Le site de la Bastille a conservé d’une manière générale son organisation architecturale initiale dans un contexte sociopolitique évoluant : la vie de la cité s’est relativement pacifiée tandis que l’industrie militaire se transformait.
La donne a donc changé, les gradins « barricades » se sont retournés vers le sud en offrant une assise idéale pour admirer la chaine du Vercors et de Belledone, le glacis n’est plus dans la trajectoire des fusils, et un restaurant accueille aujourd’hui les visiteurs dans les anciennes casernes.
Le projet se joue de ces retournements de forme et d’usage.
L’envers protégé devient endroit ouvert.
Une constante : le paysage.
Le jardin plissé cristallise le génie d’une construction de plateaux et de lignes savamment tissées sur la pente.
A échelle humaine, Il écoute la Bastille, et révèle l’intelligence de son inscription.
Le jardin plissé offre une lecture du mouvement de la terre et de l’homme, architecture et paysage, patrimonialisés, y résonnent.
Et en son sein le repli défensif devient plissement collectif.
JULIEN VINIANE / MAYTHINIE ELUDUT / GAYLORD LE GOAZIOUAucune recommandation pour l'instant.