Projection vidéo sur écran de fumée.
Après avoir longuement réfléchi à l'endroit et aux conditions d'exposition, il m'est apparu que le handicap de l'utilisation d'un médium comme la vidéo venait en grande partie du besoin que celui-ci a d'avoir un écran de projection. Si on pouvait imaginer un moyen d'éliminer le dit écran cela amoindrirait les inconvéniants techniques qui font résistance au projet.
Depuis les débuts de l'art vidéo, la surface sur laquelle les artistes pr
... Lire la suiteojettent leur œuvres ne fait pas seulement office de support. Elle devient un choix esthétique important non seulement par sa forme, échelle, orientation mais aussi par sa matière, texture et pérennité; ainsi l'écran peut n’avoir qu’une simple fonction de support matériel de l'œuvre comme il peut porter une grande partie du sens voire être le principal message.
Avec sa végétation en partie exubérante, ses îles à l'air abandonnées à la puissance de la nature, ses étroits canaux labyrinthiques, les hortillonnages sont un endroit où le fantastique se glisse facilement dans le réel. Ce manque de repères, cette difficulté à identifier ce qui se cache entre les buissons, dans les arbres ou à la frontière de l'eau et la terre, font des hortillonnages un terrain idéal pour l'invention des formes ou en l'occurrence, la création d’une sorte de bestiaire.
D'une manière générale, un bestiaire est une œuvre qui rassemble les descriptions d'animaux réels ou imaginaires d'un auteur. Cela peut aller des bestiaires écrits dans le moyen âge, fables ou contes moraux sur des animaux, jusqu'à des productions beaucoup plus contemporaines comme le recueil de nouvelles surréalistes de J. Cortazar intitulé Bestiario (1951).
J'ai pensé qu’il serait intéressant de représenter des formes « animales » dont on soupçonne l'agitation dans la pénombre de la forêt. Ces formes seront projetées sur un écran volatile (de la fumée ou vapeur d'eau) qui, par sa nature imprécise et ses conventions esthétiques, renvoie non seulement à l'imagination mais aussi aux paysages brumeux des marécages qui nous ont inquiétés dans les récits fantastiques et surtout à l’histoire de l’image en mouvement (Les fantasmagories de Robertson; Sunrise 1927, F.W. Murnau; Apocalypse Now, 1979, F.F. Coppola; The New World, 2005; T. Malick)
Il ne s’agira pas d’inventer une bestiaire fantastique ou monstrueux, mais d’appliquer métaphoriquement la notion de bestiaire à un répertoire d’apparitions introduisant une présence vivante dans le paysage.
Ces formes « animales » seront des figures extraites des lieux, tel les joggers et cyclistes qui arpentent à toutes heures de la journée et même parfois de la nuit, les chemins des Hortillonnages; les rameurs d'aviron qui s'y entraînent; les pécheurs qui peuvent passer des heures à l'affut des poissons sans presque changer de position; les voitures dont la présence devient sensible avec persistance par la rumeur des moteurs, les grands boulevards de la ville étant assez proches, et bien sur la nature elle même.
Ces figures seront traitées indépendamment selon leurs caractéristiques esthétiques. Dans la plupart des cas, elles seront réduites à des contours et par la manipulation des attributs de l'image vidéo (luminosité, contraste, saturation, couleur) certains traits seront soulignés. Ainsi par exemple, une voiture pourrait devenir deux point lumineux qui s'approchent jusqu'à remplir le cadre; un jogger une silhouette qui traverse mystérieusement les parages ; un pécheur pourrait sembler être sculpté telle une gargouille ou un arbre se décomposer en morceaux en formant des assemblages monstrueux. (voir images)
Ces images apparaîtront une à une de manière plus ou moins aléatoire, elles se repetiront avec des durées et intervalles différents, le tout sera mis en boucle. J'estime la durée de la boucle à une quinzaine de minutes. La projection devrait avoir lieu à la tombé du jour.
Une bande son assez discrète sera conçue. La bande son sera indépendante des images et la même pour toutes, elle servira de transition entre deux images par exemple. Dans l'idéal elle devrait être spatialisée L/R.
L'endroit de projection peut ne pas être accessible par le public, puisque les images seront visibles de loin ( je pense au bois en face de l'île des Fagots par exemple). Profiter d’un coude de la rivière serait l'idéal.
Il me semble intéressant d'utiliser la vapeur d'eau (ou un brumisateur de pluie fine) comme surface de projection puisque les particules d'eau, relativement plus lourdes que celles de la fumée, se disperseront moins facilement en cas de vent. De plus, en travaillant avec un élément directement extrait du paysage, la frontière entre celui-ci et la démarche artistique se fera moins abrupte : l'eau puisée dans la rivière retournera à celle-ci ou repartira dans les airs portant d'une certaine manière la trace des images éclatées en particules infinitésimales et infinies, uniques et non reproductibles.
Aucune recommandation pour l'instant.