"Le fragment philologique peut investir, dans la tradition de Diderot en particulier, la valeur de la ruine.
Ruine et fragment joignent les fonctions du monument et de l’évocation : et ce qui par là se trouve à la fois rappelé comme perdu et présenté dans une sorte d’esquisse (voire d’épure), c’est toujours l’unité vivante d’une grande individualité, oeuvre ou auteur."
Ph. Lacoue-Labarthe /J-L. Nancy
B^ta se présente comme une forme complexe. Si elle apparaît au premi
... Lire la suiteer abord comme un espace, c’est-à-dire en se déployant selon un rapport direct au lieu au travers de la mise en présence de certains éléments d’ordre architecturaux, elle n’en revendique pas moins pleinement le statut de sculpture.
Il s’agit véritablement d’une oeuvre-lieu.
Elle s’énonce selon un processus d’accumulation, de dispersion et d’énumération.
En répétant inlassablement le même motif, elle s’épuise à mesure qu’elle envahit l’espace. En tant que sculpture, elle maintient son objectivité sensible tout en mettant en scène son propre anéantissement.
Son esthétique est en ruine, elle la pose à la fois comme principe de non-finitude de sa propre énonciation et comme fondement d’une absence de limite formelle.
Cette absence de limite est contenue dans la fragmentation de l’oeuvre, dans son ouverture sur le monde. En refusant toute narrativité, en se présentant seulement comme étendue du même, elle se pose, c’est-à-dire exclut toute historicité.
C’est précisément cette mise en retrait qui lui permet d’accueillir un séjour possible.
Elle interroge son propre statut vis-à-vis de l’espace qu’elle vient investir.
La forme de l’oeuvre évoque celle d’une ruine aux contours incertains et à la fonction problématique. Dans la seule évocation d’une existence mise en suspens, posée là, elle laisse le champ ouvert à son réinvestissement. Si elle semble d’abord s’insérer au sein d’un dispositif chronologique, elle n’invoque au contraire que la prégnance d’un présent partagé.
Ce présent, c’est celui de l’évènement collectif durant lequel cette sculpture se fera espace social et poétique. La temporalité que sa forme ajourne ne peut advenir que par activation.
Espace instable et éphémère, il met en jeu un rapport au temps déformé,
« hétérochronique » pour reprendre l’expression de Michel Foucault, et invite à une expérimentation collective de nouvelles typologies d’interaction entre les individus.
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