Sur un mode pacifique et engagé, Imaginez maintenant à Bordeaux prend d’assaut la Caserne Niel sur la rive droite de la ville. À l’instar de la Base sous-marine, ce lieu de mémoire de guerres physiques et idéologiques se transforme en caisse de résonance des nouvelles formes de l’engagement des jeunes aujourd’hui ; où l’on perçoit l’écho d’un élan créatif et participatif.
La thématique des nouvelles formes d’engagement évoque de nouveaux principes d’expérimentation et de socialisation. Chaque individu élabore ses propres définitions, énonce ses responsabilités, qui ne lui sont plus dictées par les cadres sociaux traditionnels. La subjectivité est érigée en référence : l’autofiction comme engagement, les blogs comme nouvelles agoras publiques… Dans les réseaux sociaux notamment, l’engagement individuel prime, sous la forme d’un profil édité dans un but de regroupement multicommunautaire. Le désir, expression de l’individualisme contemporain avéré, a reconfiguré les principes d’adhésion et de militantisme. En résultent des formes de mobilisations éphémères et mouvantes qui se distinguent par leur inventivité. La participation, l’action et le partage sont les axes autour desquels les disciplines artistiques reconfigurent les frontières entre pratiques amateures et professionnelles.
La spécificité d’Imaginez maintenant Bordeaux, c’est la jeunesse des quatre organisateurs provenant de différentes disciplines artistiques et connus pour leur curiosité envers des formes de métissage culturel. C’est aussi le choix assumé de créateurs travaillant en collectif, faisant écho à ces nouvelles formes de mobilisation.
UN PROJET AUTONOMISTE D’ARTISTES ACTIVISTES. Proposé par la jeune commissaire d’exposition Claire Moulène, il établit un camp de retranchement, une base arrière conçue comme une plateforme
d’échanges et d’expérimentation sur le thème de l’autonomie. Pour l’occasion, plasticiens, performeurs, chercheurs et activistes se réunissent pour un marathon de quatre jours durant lesquels ils vivent en autarcie partielle. Sécession relaie en continu les activités et hypothèses formulées par les différents intervenants. Sécession est un média en soi, capable d’orchestrer sa propre publicisation, selon un dispositif permanent, organisé en espaces d’exposition et de documentation, en temps d’échanges et de débats quotidiens.
S’ENGAGER AUTREMENT : L’ENGAGEMENT AUJOURD’HUI ? Après un important travail de recherche et de documentation sur ces nouvelles formes d’engagement aboutissant à la détermination de plusieurs pistes de réflexions, les étudiants de l’IUT GAC/COMEC et du Département des Arts Plastiques de l’Université Bordeaux 3 animent des débats quotidiens, où interviennent sociologues, philosophes, journalistes et artistes.
DES ATELIERS AVEC LES DÉTENUS EN MAISON D’ARRÊT. Le projet Arrêt provisoire amène une réflexion sur l’action culturelle en milieu carcéral. À l’initiative d’un groupe d’étudiants du Master Ingénierie de Projets Culturels de l’Université Bordeaux 3, ce projet « hors les murs » se déroule à la maison d’arrêt de Gradignan, qui accueille trois ateliers artistiques : les musiques actuelles avec la Compagnie Fracas, le théâtre avec La Cie Au coin d’ailleurs et le hip-hop avec La Smala. Ces séances de travail avec les détenus donnent lieu à une restitution nourrie d’interventions performatives réalisées par les artistes. À l’issue de la manifestation, un bilan sera réalisé avec les détenus. Ces derniers prendront connaissance des réactions des visiteurs confrontés à la restitution grâce à un documentaire tourné pendant les quatre jours d’Imaginez maintenant.
UN CAMPEMENT ÉPHÉMÈRE. Les lieux sont aménagés de manière conviviale, en détournant, par la métaphore, l’écrin militaire en lieux de vie évolutifs, afin de favoriser rencontres et échanges, et d’en faire un espace propice à la détente. Le point information Cardbox de 2:pm architectures donne le ton dès l’abord des lieux, en accueillant et renseignant le public sur la programmation. Présenté par la 58e, le jeune collectif d’architectes K.I.S.S conçoit un linéament d’espaces architecturés, en structures échafaudées, s’échelonnant le long de l’allée centrale. Les visiteurs peuvent rencontrer les artistes à l’intérieur de ce convoi agrémenté d’un restaurantbar pour rejoindre la locomotive transformée en grand espace scénique.
STREET FOOD. L’Atelier de Cuisine Nomade assure la restauration avec des concepts culinaires originaux, basés sur l’idée de street food (vente à emporter).
CUISINE EXPÉRIMENTALE. La jeune chef Marie Lignac anime des ateliers de cuisine créative pour les visiteurs qui souhaitent s’essayer à ces nouvelles formes culinaires.
BARBECUE AMBULANT. Restauration encore avec le barbecue ambulant conçu par les architectes Nous sommes ouvert à un petit comité afin d’échanger autour de quelques grillades.
LA CHOUILLE ! Samedi soir la fête prévoit d’alterner groupes live et DJ jusqu’au petit matin (entrée payante).
EN DIRECT DU CAP. En journée et en début de soirée, les matchs de quarts de finale de la Coupe du monde de football sont retransmis. Une battle de commentaires décalés de présentateurs inspirés détourne ces grands rassemblements en lieu et place des commentaires traditionnels.
ROLLER DERBY. Sport méconnu au folklore puissant et caractéristique, pratiqué exclusivement par des filles, le Roller Derby promeut avec ardeur le concept d’antisexisme. Dans une ambiance survoltée, l’équipe bordelaise alterne entraînements et matchs, pour mieux faire connaître cette pratique sur patins à roulettes. Des stands de maquillage, graff, vidéo et photo font le lien auprès du public pour qu’il s’imprègne de l’esprit Roller Derby. Le spectateur devient alors supporter. Les performances de Roller Derby symbolisent l’engagement physique dans une rencontre sportive, l’engagement dans une équipe ou un groupe social, l’affirmation d’une esthétique gender alternative.
LA CHORALE POP DES CRÂNE ANGELS. La chorale clôture la manifestation le dimanche en début de soirée. Leurs morceaux, retravaillés pour l’occasion avec un ensemble de musiciens, deviennent alors la toile de fond d’une oeuvre unique et généreuse.
INSTANTS VOLÉS. Le jeune photographe autodidacte Michel Nguie immortalise des instants volés avant et pendant Imaginez maintenant. Très attaché à la notion de communauté et prenant habituellement pour sujet le milieu de la nuit et de la fête, il fait ainsi le récit visuel de la manifestation et partage ses photographies avec les visiteurs via des cartes postales et un diaporama de ses prises de vue.
LA PART DU SPECTATEUR. Toutes les compagnies prennent à parti le spectateur. Les comédiens de la Compagnie du Sex’aphone nous entraînent ainsi trois fois par jour dans leur programme de réhabilitation particulièrement original. Immergé dans un parcours initiatique en huit étapes, le spectateur «curiste » est amené à vivre une expérience pour le moins unique et déjantée, qui développe une réflexion critique sur la société actuelle et ses recours aux techniques de mieux-être. Le collectif d’artistes Monts et Merveilles interroge les outils de communication contemporains avec ses langages, ses modes de visualisation, ses techniques d’interaction. La notion de frontière et de clandestinité est expérimentée à travers un dispositif contraignant par la Compagnie L’Art Hache Scène.
KINO SESSION. Le vendredi soir, la Kino Session constitue un moment de partage entre spectateurs et vidéastes amateurs. Le concept est simple et efficace : réaliser un court métrage de cinq minutes maximum autour d’un thème et d’une contrainte dans un délai de huit semaines. Pas de sélection, pas de compétition, simplement la volonté de créer et de participer.
BATTLE DE HIP-HOP. Le crew bordelais Animaniaxxx enflamme le public en animant une Battle de hip-hop. Pendant plus de quatre heures, des danseurs s’affrontent devant un jury pour remporter cette bataille acharnée. Ce concours est ouvert aux amateurs de hip-hop à travers toute la France.
MYTHOLOGIES DE LA GUERRE. Le passé militaire des lieux fait l’objet de relectures et de détournements, avec la reconstitution fictionnelle autour des mythologies de la guerre imaginées par le jeune trio Limite Catherine, prenant la forme d’une visite individuelle avec audioguide. Avec une chorégraphie hip-hop de six minutes aux inspirations militaires, La Smala est une véritable bombe artistique. Présentée par le collectif la 58e, cette performance courte et explosive vient surprendre les visiteurs plusieurs fois par jour lors d’interventions surprises.
TRAIN FANTÔME. Le collectif de jeunes architectes Dispersion offre aux visiteurs téméraires quelques frissons conceptuels dans son train fantôme pédestre, élaboré comme une attraction expérimentale. Le visiteur parcourt un boyau sinueux et sombre, créé entièrement à partir de matériaux de récupération, étroit de 80 mètres de long, jalonné d’images, sons, vidéos, comédiens et autres invités.
JEU DE RÔLE URBAIN. Promis à la rénovation dans le cadre d’un projet de ZAC, le site de la Caserne Niel fait l’objet d’études : en collaboration avec l’ENJMIN d’Angoulême, la section architecture de l’ENSAP propose un jeu de rôle virtuel prenant pour cadre le lieu et ses protagonistes (graffeurs, gens du voyage, promoteurs, politiques, architectes…). La section paysage de l’ENSAP se concentre sur un inventaire et la valorisation des éléments naturels venus occuper le site.
Sur la rive droite de Bordeaux, non loin du Jardin botanique, s’étend le site de la Caserne Niel. Cet impressionnant ensemble bâti au début du XXe siècle, a vu défiler les uniformes du 157e régiment d’infanterie, avant de fermer ses portes en 2004. Il se trouve maintenant au coeur du projet de transformation d’un quartier, avec une réflexion urbanistique confiée par la CUB à Winy Maas et au cabinet MVRDV. La Caserne va faire, dans les mois qui viennent, l’objet d’une réflexion conjointe de la CUB et de la Ville de Bordeaux pour définir un enjeu culturel au deuxième bâtiment des Magasins généraux (sur plus de 10000 m2) à côté du projet actuellement développé sous le nom de projet Darwin et alliant dynamique économique et responsabilité écologique. Construite par l’Occupant entre 1941 et 1943, la Base sousmarine est un vestige impressionnant de l’Occupation. Actuellement, cette ruine contemporaine s’étendant sur 42 000 m2, témoignage d’un patrimoine complexe et douloureux, est transcendée par ses espaces extraordinaires.
Allez les Filles / les jeunes programmateurs, DO IT. Un plateau musical présentant cinq groupes de rock de Born Bad Records pour la soirée inaugurale de la manifestation Cie l’Arcalande, Vilain, un conte pour adulte sur le thème du sacrifice qui remet en question l’univers de l’entreprise Charles Badi, Béton Ephémère, une installation urbaine en béton et en bois réalisé avec le centre d’animation Saint Genès: à la fois lieu de rencontre et terrain de jeu qui favorise la mixité urbaine Corner, Pop-Up Kiosk, un kiosque mobile sous forme d’artshop qui présente et vend les créations de jeunes artistes Ouvrir-Jambon-Fenêtre, une création pluridisciplinaire où se mêlent théâtre, musique, vidéo et arts plastiques.
Onze écoles et formations universitaires participent à Imaginez maintenant Bordeaux au travers de douze projets différents.
La formation architecture de l’ENSAP Bordeaux et l’École Nationale de jeux et médias numériques d’Angoulème (ENJMIN) réalisent un jeu de rôle virtuel au sein de la Caserne Niel.
La formation paysage de l’ENSAP Bordeaux propose un projet intitulé Collecte Niel, dont le but est de faire émerger des interprétations du lieu à partir d’un travail de repérage, de collecte, d’inventaire.
LIMA s’est engagée sur plusieurs actions pendant la manifestation : la réalisation des panoplies des joueuses de Roller Derby, la création d’une Flashmob sous forme de chaîne humaine géante reliant les deux rives de la Garonne ainsi que la restitution du travail réalisé lors d’un workshop avec l’artiste/styliste Maroussia Rebecq.
Le département Arts Plastiques Arts Appliqués de l’Université Bordeaux 3 montre, lors de la manifestation, la restitution du workshop organisé avec les designers Marie-Laure Bourgeois et Vincent Bécheau autour du « pas-de-porte » et de la notion de design relationnel.
L’ICART Bordeaux et l’École des beaux-arts travaillent sur un projet de journal qui aborde la thématique des nouvelles formes d’engagement. L’École des beaux-arts participe également avec leur section design, au projet de Pop-up Kiosk. Le collectif This is not, également composé d’étudiants de l’École des beaux-arts, propose une zone autonomiste au sein du projet Sécession.
L’IUT GAC/COMEC et le département Arts Plastiques de l’Université Bordeaux 3 se penchent sur la conception d’une plateforme de débats autour des nouvelles formes d’engagement.
Les étudiants de l’IUT SRC de l’Université Bordeaux 3 conçoivent et réalisent une campagne promotionnelle de marketing interactif pour Imaginez maintenant.
ESMOD école de stylisme et de modélisme de Bordeaux se penche sur la création des tenues de scène des Crâne Angels.
La section danse du Conservatoire de Bordeaux Jacques-Thibaud propose des performances d’improvisation lors d’un workshop avec la compagnie Les imprévisibles, lors de la manifestation Enfin, un concours d’identité visuelle de la manifestation bordelaise a été lancé, à destination des étudiants des Écoles régionales de communication visuelle et d’arts graphiques.
Partenaires institutionnels : La Mairie de Bordeaux / La Communauté urbaine de Bordeaux.
Partenaires sponsors : La Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux / Le Groupe Évolution : projet Darwin.
Partenaires parrains : La Base sous-marine / 4 Design / La Fabrique Pola / La Rockschool Barbey.
Le CAPC propose à l’année un programme d’expositions temporaires et des rendez-vous autour de l’histoire de l’art et de la création contemporaine. Sa collection comporte plus de 700 oeuvres, témoignant des avant-gardes des années 1960 à aujourd’hui. Il est installé dans l’ancien Entrepôt réel des denrées coloniales, un entrepôt douanier, superbe exemple de construction préindustrielle du XIXe siècle. Le CAPC est un musée de la Ville de Bordeaux.