L’omniprésence de l’eau et le labeur des hommes ont façonné les terres d’un pays à mi-chemin entre deux milieux et par conséquent. Le marais est un lieu où l’homme a été « fabricant de terre ferme » (Lamartine). Il s’agit d’une construction totalement artificielle. Jadis impénétrables et longtemps considérés comme insalubres, les hommes ont su assurer leur mise en valeur : ils ont assaini, drainé, défriché les terres sorties de l’eau, et les ont mises en culture po
... Lire la suiteur en faire un véritable atout de développement. Ils les ont sculptées pour les rendre utiles et accueillantes.
Aujourd’hui, ces équilibres sont remis en cause par l’évolution technique, économique, sociologique de l’agriculture et par les changements de notre société. L’évolution des paysages du marais dépend de la capacité que l’on aura à reconnaître ou à révéler ses valeurs à travers les activités qui les font vivre et exister.
A l’heure d’une forte demande du « consommer local » et du renouveau des marchés, quelle dimension apporter au « produire local » ? Quelle place, quel statut et quelle forme accorder aux hortillonnages dans un contexte de forte demande sociale en produits frais et biologiques ? Il s’agit de réhabiliter un système axé sur le maraîchage, une des vocations premières des hortillonnages surnommés jadis « la Venise des légumes ». Retrouver la légitimité nourricière des hortillonnages.
Le potager embarqué illustre la volonté de ré-associer le « consommer » et le « produire » local. Au cœur des Hortillonnages, il semble qu’il n’y ait qu’un rieux entre les deux. Ce mariage repose sur la mobilité. Ainsi, du marais à la ville, il n’y a qu’un pas… encore plus facile si ça flotte. Les légumes poussent en barques et n’en sortent que pour la soupe ou la ratatouille.
Ça sent bon la terre, la fraicheur du marais venue jusqu’au marché. Fini les camions, place aux rames, à St Leu on débarque ! Au menu, du paysage à déguster, bien assaisonné entre terre et eau.
Le projet vise à mettre en scène un processus de construction artificielle et labyrinthique de potager flottant, depuis une parcelle boisée et enfrichée, jusqu’au légume.
La parcelle Fournier n’est qu’une masse végétale dans laquelle l’homme défriche, taille dans la masse et tresse avec soin le végétal. Progressivement, la friche est maîtrisée : des branches s’entrelacent et se fascinent parmi les saules. A mesure qu’elles s’organisent, elles envahissent la parcelle et se structurent. Le végétal est ainsi plessé formant un labyrinthe de fascines. Cette géométrie laisse apparaître une ossature de carrés colonisés par une ribambelle de légumes.
A l’approche des rieux, le labyrinthe de terre ouvre son dédale à l’eau dont les canaux se dessinent à la fascine. Jusqu’ici échoués sur la berge, les carrés glissent et flottent sur l’eau.
Enfin, un saut en barque et les légumes plongent définitivement leurs racines dans ce jardin flottant.
Ivre de couleurs et de senteurs, la mise à quai du potager embarqué vers la ville est imminente.
Ainsi naissent et vivent les légumes, de l’empilement de la terre et de l’eau, mobiles, du marais au marché. Consommer rime avec récolter et faire son marché c’est comme partir en cueillette !